Le Livre-CD Gertrud d'Einar Schleef, accompagné d'une création musicale d'Henry Fourès

Gertrud, Monologue pour chœur de femmes, traduit de l’allemand par Marie-Luce Bonfanti et Crista Mittelsteiner
accompagné de Gertrud – Bribes de mémoire, création musicale pour 6 comédiennes et instruments de Henry Fourès
Postface d’Elfriede Jelinek.
Illustration : © Adagp, Paris, 2016. Schleef Einar, Selbstildnis, Ende der 60er Jahre.
ISBN : 979-10-92364-25-5
Format : 140 x 180 mm
Nombre de pages : 86
Prix public : 20 euros
Disponible le 30 novembre 2016

Je tâtonne sur une vaste surface, mes yeux collés, pieds nus, cendre entre doigts de pieds, ma robe courte, brune, élimée, me cogne les jambes. Mon châle à poussier autour de la tête, je suis amaigrie, les seins creux, ma robe semble être une blouse brune une vague blouse brune, nouée avec une corde, la desserrer tant elle coupe profondément dans la chair, sens ma peau, sillons et côtes, frotte les yeux penchée en avant, la crasse tient bon, paupières collent, les nuages doivent être sombres, s’ils dérivent, se baisser jusqu’au sol, ma main le touche, je sens de la cendre, mais ça doit remonter à une éternité, quelque chose travaille en moi, pousse en avant, mais qui est-ce. Je frappe la poitrine et tâtonne à nouveau. Si j’avais un bâton. Des bâtiments à l’horizon. Ou une lumière. Ça brille doucement, vaguement, oui je sens déjà les rayons sur le visage. Mes cheveux sont blancs, je trébuche, la cendre est tendre. Doucement. Les nuages semblent dériver vraiment rapidement. De la fumée. Derrière du jaune, c’est le soleil. Mais pourquoi ça ne se précise pas. Pluie commence. Silence, juste un fin goutte-à-goutte, pourquoi la cendre ne se mouille pas. Ça viendrait des bâtiments, dans les étages se reflète le soleil, voilà pourquoi il ne m’atteint que de temps en temps.

Gertrud - Bribes de mémoire est une création musicale contemporaine signée Henry Fourès : une œuvre originale inspirée par ce texte et puisant dans le travail choral bilingue de six comédiennes sous la direction d'Elisabeth Gutjahr.

Présente-t-on encore Henry Fourès ? Né à Coursan (Aude/France), et après avoir étudié l'histoire de l’art à l’université Paul Valéry de Montpellier, au CNSM de Paris (harmonie, contrepoint, fugue, analyse et composition), puis à l’université de Berlin (musicologie médiévale) et à l’académie de Vienne (piano), il devient professeur responsable des musiques improvisées au conservatoire de Pantin de 1977 à 1980. De 1980 à 1982, il  enseigne la musicologie médiévale à l’université de Toulouse le Mirail.

En 1982 il est nommé Inspecteur Principal de la musique à la Direction de la Musique et de la Danse du ministère Français de la Culture, puis en 1984, Inspecteur général chargé de l’enseignement et de la formation.

En 1988, il initie au sein de ce ministère le nouveau département de la Création et des Musiques d’aujourd’hui, dont il assure la direction technique jusqu’en 1990. Directeur Artistique du studio de création La Muse en Circuit, il travaille ensuite régulièrement en Allemagne (Potsdam, Berlin, Cologne, Francfort …), où il est invité auprès de divers ensembles symphoniques et radios. L’éclectisme de sa production de compositeur et d’interprète l’a amené à collaborer avec des créateurs d’esthétiques et d’horizons très divers (musiciens, acteurs, chorégraphes, plasticiens, réalisateurs). Ses activités touchent de nombreux domaines. Il a réalisé des films pour la télévision, composé des musiques pour l’image la danse et la scène. Il est aussi l’auteur de nombreuses créations radiophoniques (France Culture) et le réalisateur de Hörspiel pour la HR et WDR. Il a écrit des œuvres symphoniques, de musique de chambre, des pièces électroniques, mixtes, des œuvres vocales mais aussi conçu et réalisé des installations interactives et d’importantes manifestations événementielles.

De 2000 à 2009, Henry Fourès est Directeur du Conservatoire National Supérieur de musique et de danse de Lyon. Aujourd’hui, à ses activités de compositeur et d’interprète s’agrège une mission d’enseignement au CNSMD de Paris. Ehrenmitglied de la Hochschule für musik und Theater de Hamburg, Henry Fourès est officier des Arts et Lettres, Chevalier du mérite et titulaire de la croix du Mérite Allemand (Verdienst kreuz).

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Ce livre est publié avec le soutien du Centre national du livre, le concours de la région Île de France, et en association avec la compagnie inExtremis.

Une première présentation de ce texte inédit a eu lieu lors d’un après-midi d’hommage à Einar Schleef sous la direction de Crista Mittelsteiner, intitulée J’étais là, mais le théâtre était parti, lors du Festival d’Avignon 2008 dans le cadre des Rencontres d’Été à la Chartreuse de Villeneuve-les-Avignon. La traduction de ce texte a également bénéficié de l’aide de Transfert Théâtral, du CnT et du CNES-Chartreuse de Villeneuve-les-Avignon.

Ce livre-CD a reçu le Label « Rue du Conservatoire », association des élèves et anciens élèves du CNSAD.

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La création musicale pour 6 comédiennes et instruments de Henry Fourès qui accompagne ce livre a fait l’objet d’une commande de Le Ver à soie, Virginie Symaniec éditrice. Elle a bénéficié des soutiens de l’Adami, de la Cité de la Voix, de Musique Française d’Aujourd’hui (MFA) et du Goethe Institut. Elle a été réalisée en coproduction avec la Compagnie inExtremis et le Gmem - Centre National de Création Musicale de Marseille.

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Tous nos remerciements vont également aux généreux donateurs qui ont soutenu la réalisation de ce projet exceptionnel.

Crowdfunding sur Ulule : Einar Schleef rencontre Henry Fourès

Vous le savez sans doute, parmi les folles idées qui nous habitent, il y a les traductions de certaines œuvres d'Einar Schleef, cet artiste pluridisciplinaire allemand, culte en son pays et à peu près ignoré en pays francophone, disparu en 2001.

Après Désordre, recueil de nouvelles, paru dans la collection Les Germanophonies, Le Ver à Soie, Virginie Symaniec éditrice se lance dans un nouveau projet : un livre-CD, Gertrud, monologue pour choeur de femmes, qui offre d'une part la traduction de ce superbe texte d'Einar Schleef et, d'autre part, une création musicale contemporaine signée Henry Fourès : une œuvre originale inspirée par ce texte et puisant dans le travail choral bilingue de six comédiennes sous la direction d'Elisabeth Gutjahr. Sortie prévue en novembre 2016.

Pour être finalisé, ce projet a besoin de votre aide, si minime soit-elle, pour compléter nos soutiens institutionnels. Nous lançons donc une campagne de crowdfunding – ou financement participatif –, sur Ulule. Nous avons prévu de jolies contreparties en échange de votre apport – et, quel que soit le montant de celui-ci, amusez-vous à lire jusqu'au bout la liste des « récompenses » que nous avons concoctées, toutes inattendues quoique très en rapport avec le sujet. Si, contre toute attente, vous ne désirez pas de contrepartie, c'est également possible : il suffit pour cela de cliquer sur "sans contrepartie".

Bonne découverte donc, sur Ulule. Et plus tard en savourant lecture et écoute du livre-CD Gertrud, monologue pour choeur de femmes.

Dans l'espoir que ce projet éveille votre intérêt et qu’il vous donne envie d'y participer, sachant que toute contribution sera la bienvenue et plus que précieuse pour le mener à bien, nous vous remercions d'avance pour votre participation et pour votre soutien, selon vos moyens, à l'existence de ce bel objet littéraire et artistique. Merci également à ceux et celles d'entre-vous qui le peuvent de faire circuler cette information auprès de leurs ami.e.s susceptibles de l'apprécier, afin que soient aussi nombreux que possible les participants à cette aventure éditoriale singulière.

Bien cordialement,
L'équipe des "Germanophonies"

Lancement de la collection Les Germanophonies au colloque international Einar Schleef




Publié avec le soutien du Centre National du Livre, le concours de la Région Île de France et en association avec la compagnie inExtremis
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Les 28 et 29 novembre 2014, Le Ver à soie lance la collection "Les Germanophonies" dans le cadre du Colloque international Einar Schleef, organisé conjointement par le Centre d'études et de recherches sur l'espace germanophone de l'Université de Paris III (CEREG), l'Institut Goethe, et le théâtre de Théâtre de la Colline à Paris. La parution de Désordre, le recueil de huit nouvelles inédites berlinoises d'Einar Schleef accompagnera la tenue de ce colloque en avant-première.

Pour accéder au programme du colloque "Einar Schleef, matériaux et matérialité : par-delà le théâtre", cliquez ici.



Désordres d'Einar Schleef, huit récits traduits de l'allemand par Marie-Luce Bonfanti et Crista Mittelsteiner. Recueil de récits d’un exilé de la RDA, enfermé à Berlin, face à son mur intérieur et à son passé emmuré.

Préface de Elfriede Jelinek
© Illustration de couverture: ADAGP, Paris 2014, Einar Schleef, Selbst in Bademantel (Autoportrait en peignoir), années 1980.

Date de disponibilité : 5 décembre 2014
ISBN : 979-10-92364-13-2
Prix : 15 euros

Oublier. Quand j'écris là j'y arrive, maux de tête à cause du martèlement, là je ne dois pas penser, là martèlent les tempes. Je cours jusqu'au métro, roule Porte de Kottbuss et fonce jusqu'au Mur. En vis-à-vis lumière et eau. Là je reprends mon calme, vois le poste frontière, lui moi, je fais demi-tour vers la maison. Souvent je me représente cela, qu'il tire, je ressens le tir en moi, la tempe s'ouvre, mon sang se répand sur la poitrine, je bascule en moi-même. Sable dans la bouche je tombe de côté. Un petit pas de trop suffit pour cela, bienvenue.

Pour acheter ce livre en ligne, cliquer ici.

Il n'y a eu que deux génies en Allemagne après la guerre, à l'Ouest Fassbinder, à l'Est Schleef. Tous deux étaient insatiables, mais seulement pour pouvoir donner d'autant plus. À la fin, ils se sont donnés eux-mêmes.

Elfriede Jelinek, 2001

Einar Schleef appartient aux quelques êtres humains qu'il m'arrive d'envier.
Ses travaux dans les divers domaines de l'art font toujours sauter le cadre et, dans tous les cas, mettent l'art – où ce que l'on entend sous ce terme – en question. Ils appartiennent à la matière dont sont faits les rêves du siècle, ses cauchemars aussi. (...) La première qualité de sa littérature est la renaissance du conteur dans l'esprit de la langue – qui est d'abord le parler, un affront contre la « littérature », contre l'écriture. Il sait avec Kafka que l'art est une affaire du peuple. Parmi les morts, c'est Kleist qui lui est le plus proche – un poète sans peuple.

Heiner Müller


Einar Schleef, disparu à 57 ans en 2001, était un artiste culte en Allemagne : ses talents d'auteur, de peintre, de metteur en scène, de scénographe, voire de photographe, ont marqué tant la scène théâtrale que la littérature allemandes. Homme de théâtre avant tout, mais également auteur, peintre et photographe, ce créateur – figure majeure et déjà mythique de la scène artistique allemande au cours de ces trente dernières années – demeure encore peu connu au-delà des frontières germanophones.

Einar Schleef est né en 1944 à Sangerhausen, en Thuringe, dans l'ancienne R.D.A.. Après des études à l'Académie des Beaux-Arts à Berlin, il travaille d'abord comme scénographe puis comme metteur en scène au Berliner Ensemble, alors sous la direction de Ruth Berghaus. En 1976, lors de la mise en scène de Château Wetterstein de Frank Wedekind pour le Berliner Ensemble, en coproduction avec et au Burgtheater de Vienne, il refuse de rentrer à Berlin.

Schleef vit d'abord chez des amis à Vienne, Francfort, Stuttgart. Finalement, il s'installe à Berlin-Ouest. A partir de 1985, il vit pendant plusieurs années à Francfort où ses mises en scène de Mères d'après Euripide et Eschyle, d'Avant le lever du soleil de Gerhart Hauptmann et du Urgötz de Goethe, entre autres, font scandale – et le rendent célèbre. En 1993, il retourne au Berliner Ensemble pour y monter Wessies à Weimar de Rolf Hochhuth, puis Maître Puntila de Bertolt Brecht. Une mise en scène qui fera date.

Après avoir créé Sportstück d'Elfriede Jelinek au Burgtheater à Vienne, il meurt le 21 juillet 2001 à Berlin, avant d'avoir achevé sa mise en scène de Macht nichts. Eine kleine Trilogie des Todes (Ça fait rien. Une petite trilogie de la mort), d'Elfriede Jelinek.

« Là-bas, le Mur autour de tous. Ici, le mur dans la tête de chacun. »

Lorsque, en 1976, Einar Schleef décide de ne pas rentrer en RDA au cours d'une mise en scène de Le Château de Wetterstein de Frank Wedekind qu'il répète avec son complice B. K. Tragelehn pour le Berliner Ensemble – et qui a lieu en coproduction avec et au Burgtheater de Vienne – il pense, contrat en poche, pouvoir continuer à travailler dorénavant pour et avec cette grande institution autrichienne. Mais le Berliner Ensemble exerce des pressions et, jusqu'à son engagement comme metteur en scène au Théâtre de Francfort neuf ans plus tard, Einar Schleef traverse un long passage à vide. Perdu, en errance perpétuelle, il tombe en dépression. En 1977, il note dans son journal : « Là-bas, le Mur autour de tous. Ici, le mur dans la tête de chacun. »

Cependant et malgré un quotidien éprouvant et l'échec de multiples projets artistiques, Einar Schleef se jette dans un travail intense et solitaire : il se consacre à la photographie, à la peinture et à l'écriture – notamment à la composition du roman épique monumental qu'il a dédié à sa mère, Gertrud, ainsi qu'aux récits présentés ici sous le titre Désordre, parus en Allemagne en 1982. Pour le récit Place Wittenberg, qui fait partie de ce recueil, Einar Schleef reçoit le 3e prix du très renommé Ingeborg-Bachmann-Wettbewerb en 1982.

Autres prix littéraires :

1989 Prix Alfred Döblin
1995 Prix dramatique de Mülheim
Elu « Auteur de l'année » par la revue Theater Heute en 1995
1998 Prix littéraire de Brême
2001 Prix Else Lasker-Schüler

La publication de Désordre par Le Ver à soie sera suivie par celle de Gertrud et Drogue Faust Parsifal, deux autres textes majeurs de Schleef inédits en français.

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